Vieilles photographies, montre, appareil photo et objets souvenirs disposés sur une table en bois, représentant l'attachement aux objets, les souvenirs de famille et les moments précieux qui marquent une vie.

L’attachement aux objets: voir le désencombrement autrement

Il y a quelques jours, j’ai écouté une entrevue sur l’attachement aux objets qui m’a profondément fait réfléchir.

Cette discussion réunissait le psychologue clinicien Marc-André Dufour et la sociologue Valérie Sacriste, auteure du livre Nos vies, nos objets. Pendant leur échange, je me suis surprise à prendre des notes. Plus j’écoutais leurs réflexions, plus je pensais aux personnes que j’accompagne avec StéZen.

Je revoyais ces clients qui me disent : « Je le sais que j’en ai acheté en trop grande quantité, mais je ne pouvais pas passer à côté de ce rabais, ça valait vraiment la peine! ». Ou encore : « Je ne m’en suis pas servi encore, mais d’un coup que j’en aurais besoin dans le futur ? ». 

Cette entrevue a mis des mots sur quelque chose que j’observe depuis des années : le désencombrement n’est presque jamais une simple question d’organisation. C’est souvent une question d’émotions.

J’avais donc envie de partager avec vous les réflexions qui m’ont le plus marquée, les liens que j’ai faits avec mon quotidien d’organisatrice professionnelle et pourquoi je crois que cette discussion peut, elle aussi, vous faire voir vos objets autrement.

L’attachement aux objets : bien plus qu’une simple question de souvenirs

L’une des premières idées abordées dans l’entrevue est que nos objets valent souvent bien plus que leur valeur matérielle.

Ils racontent notre histoire. Ils représentent des personnes importantes. Ils incarnent des moments de vie. Ils deviennent parfois une véritable extension de nous-mêmes.

Cette réflexion m’a immédiatement parlé.

Lorsque j’accompagne un client dans un désencombrement, je réalise rapidement que ce n’est presque jamais l’objet qui est difficile à laisser partir. C’est ce qu’il représente.

Une vieille couverture peut rappeler une grand-mère. Un billet de spectacle peut nous replonger dans une période heureuse de notre vie. Une boîte remplie de dessins d’enfants devient le témoignage tangible d’années qui ont passé beaucoup trop vite.

Dans son livre Nos vies, nos objets, Valérie Sacriste explique que les objets deviennent les archives de notre existence. Je trouve cette image particulièrement juste. Ils nous permettent de raconter notre histoire, mais aussi de nous rappeler qui nous sommes.

Finalement, le désencombrement ne consiste pas à se débarrasser de simples objets. Il consiste parfois à revisiter une partie de sa vie.

Pourquoi les objets nous procurent-ils un sentiment de sécurité?

Un autre passage de l’entrevue m’a particulièrement interpellée.

Les intervenants expliquent que les objets jouent souvent un rôle de régulation émotionnelle. Ils nous rassurent. Ils nous sécurisent. Ils deviennent des repères, surtout lorsque notre vie est bouleversée.

En y réfléchissant, cela explique pourquoi il est souvent plus difficile de désencombrer sa maison après une grande période de transition comme un deuil, une séparation ou un déménagement.

Dans ces moments-là, les objets deviennent parfois les seuls éléments qui semblent immuables. Ils nous donnent l’impression de conserver un lien avec notre passé ou avec les personnes qui ont marqué notre vie.

Et honnêtement, je trouve cela profondément humain.

On entend souvent des phrases comme : « Ce n’est qu’un objet. ». Ce n’est pas qu’un objet. C’est parfois un souvenir, une relation, une partie de notre identité.

La réflexion qui m’a le plus marquée

Vers la 6ᵉ minute de cette entrevue, le psychologue explique que la tendance à acheter de façon compulsive ou à accumuler des objets peut parfois répondre à un besoin beaucoup plus profond : celui de combler un vide intérieur par quelque chose d’extérieur.

Il ne disait pas que tous ceux qui aiment magasiner ou conserver des objets vivent cette réalité. Au contraire. Il rappelait que l’attachement aux objets est normal.

Ce qui devient plus préoccupant, c’est lorsque les objets ou les achats deviennent notre principale façon de nous rassurer. Il parle alors d’autonomie affective : notre capacité à trouver un sentiment de sécurité en nous-mêmes plutôt qu’à travers ce que nous possédons.

Autour de la 10e minute, cette idée est poussée encore plus loin. Le psychologue explique que le problème n’est pas de trouver du réconfort dans un objet de temps à autre, mais d’être constamment à la recherche de ce sentiment de sécurité par l’accumulation ou par l’achat. Il nous invite plutôt à développer d’autres façons de nous apaiser et à nous tourner davantage vers nos ressources intérieures.

Je trouve que cette nuance est extrêmement importante.

Comme organisatrice professionnelle, je rencontre souvent des personnes qui culpabilisent parce qu’elles sont attachées à leurs objets. Cette entrevue rappelle que cet attachement est profondément humain. En revanche, elle nous invite aussi à nous poser une question essentielle : est-ce que mes objets m’apportent du réconfort… ou sont-ils devenus ma principale façon de gérer mes émotions?

Je crois que cette réflexion mérite qu’on prenne le temps d’y répondre, avec bienveillance et sans jugement.

Bibliothèque remplie d'objets anciens, dont une télévision rétro, une radio, des cassettes et des souvenirs, illustrant l'attachement aux objets et la valeur émotionnelle qu'ils peuvent représenter au fil du temps.

L’attachement aux objets ou l’accumulation : une nuance essentielle

J’ai aussi beaucoup aimé la façon dont les intervenants distinguent l’attachement aux objets de l’accumulation.

Ces deux réalités sont souvent confondues.

Être attaché à certains objets est parfaitement normal. Nous le sommes tous, à différents degrés.

Vers la 5ᵉ minute, les intervenants abordent le trouble de thésaurisation et le syndrome de Diogène. J’ai trouvé important qu’ils rappellent qu’il ne faut pas confondre ces réalités avec le simple fait d’être attaché à quelques objets qui nous sont chers.

L’accumulation devient différente lorsqu’elle envahit notre espace, affecte notre qualité de vie ou provoque une réelle détresse.

Comme organisatrice professionnelle, je rencontre des personnes qui vivent des situations très variées. Certaines souhaitent simplement faire un peu de place dans leur maison. D’autres vivent avec une accumulation beaucoup plus importante, parfois présente depuis plusieurs années.

Dans tous les cas, mon approche demeure la même : comprendre avant d’agir.

Si vous avez l’impression que votre accumulation vous dépasse, qu’elle vous isole, qu’elle vous empêche d’utiliser certaines pièces de votre maison ou qu’elle devient une source importante d’anxiété, sachez que vous n’avez pas à traverser cette situation seul. Un accompagnement professionnel peut faire une réelle différence, et dans certains cas, il peut aussi être bénéfique d’être accompagné par un professionnel de la santé mentale. Ces approches sont complémentaires et permettent d’avancer à son rythme, sans jugement.

Quelques questions qui peuvent nous aider à réfléchir

Cette entrevue ne m’a pas seulement aidée à mieux comprendre certaines réalités. Elle m’a aussi donné envie de réfléchir à notre propre rapport aux objets.

Vers la 14e minute, la discussion aborde également notre société de consommation, le fast fashion et la facilité avec laquelle nous cherchons parfois à combler un besoin émotionnel par l’achat de nouveaux objets. J’ai trouvé cette réflexion particulièrement actuelle.

Si certains passages vous ont parlé, voici quelques questions que vous pourriez vous poser :

  • Est-ce que je garde cet objet parce qu’il représente un souvenir important… ou parce que j’ai peur de le laisser partir?
  • Est-ce que mes achats répondent à un réel besoin ou cherchent-ils parfois à apaiser une émotion?
  • Est-ce que je ressens un soulagement temporaire lorsque j’achète quelque chose?
  • Quels sont les autres moyens que je pourrais utiliser pour retrouver un sentiment de calme ou de sécurité?
  • Est-ce que mes objets occupent la place que je souhaite leur donner dans ma maison?
  • Est-ce que mon environnement me procure un sentiment de calme ou, au contraire, devient-il une source de stress?

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses.

L’objectif n’est pas de culpabiliser, mais de mieux comprendre notre relation aux objets. Parce que lorsqu’on comprend ce qu’ils représentent et le rôle qu’ils jouent dans notre vie, il devient beaucoup plus facile de faire des choix qui nous ressemblent.

Ce que je retiens de cette entrevue

Il est normal d’être attaché à certains objets. Ils racontent notre histoire. Ils témoignent des liens que nous avons tissés et des moments qui ont façonné notre vie.

Le désencombrement n’a jamais pour objectif d’effacer tout cela. Au contraire.

Il nous invite à faire de la place pour ce qui compte vraiment et à conserver les objets qui ont encore une véritable valeur pour nous aujourd’hui.

Prendre soin de notre intérieur ne passe pas seulement par ce que nous choisissons de garder dans notre maison, mais aussi par les ressources que nous développons à l’intérieur de nous-mêmes.

Je trouve que c’est une très belle façon de voir les choses… et une réflexion que j’avais envie de partager avec vous.